Notre podcast de février : l’Union européenne et les enjeux de l’élargissement

L’élargissement de l’Union européenne est de retour au cœur du débat. Longtemps mis en pause, il s’impose aujourd’hui comme une question stratégique majeure, dans un contexte de guerre aux portes de l’Europe et de recomposition des équilibres géopolitiques.

Depuis sa création, l’Union européenne s’est élargie à plusieurs reprises. De six pays fondateurs, elle est passée à vingt-sept États membres.

Chaque vague d’élargissement a poursuivi un objectif commun : stabiliser le continent européen, renforcer la coopération entre États et accompagner des transitions démocratiques, notamment en Europe centrale et orientale après la chute du mur de Berlin.

Mais rejoindre l’Union européenne n’est ni automatique, ni rapide. Le processus d’élargissement est long et très encadré.

Tout commence par une demande officielle d’adhésion. Si celle-ci est acceptée, le pays devient candidat, comme c’est le cas aujourd’hui pour l’Ukraine, la Moldavie ou plusieurs pays des Balkans occidentaux.

Ensuite s’ouvre la phase la plus complexe : les négociations d’adhésion. Elles portent sur 35 chapitres, qui couvrent l’ensemble des politiques européennes : économie, agriculture, environnement, justice, libertés fondamentales ou encore concurrence.

Chaque chapitre doit être ouvert, négocié, puis fermé, une fois que le pays candidat a aligné sa législation sur le droit européen.

Au cœur de ce processus se trouvent les critères de Copenhague : stabilité des institutions démocratiques, respect de l’État de droit, indépendance de la justice, lutte contre la corruption et respect des droits fondamentaux. Ces critères sont aujourd’hui surveillés de manière beaucoup plus stricte qu’auparavant, justement pour éviter les dérives constatées dans certains États membres.

Ce processus peut prendre des années, voire des décennies. Et même lorsque les négociations sont terminées, l’adhésion doit être approuvée à l’unanimité par les États membres, puis ratifiée dans chaque pays.

L’élargissement soulève donc des débats profonds au sein de l’Union. Certains y voient un impératif politique et géostratégique, d’autres redoutent une Union trop vaste, plus difficile à gouverner et à réformer.

La question n’est donc pas seulement de savoir si l’Union doit s’élargir, mais comment elle peut le faire sans perdre en cohésion. Car derrière l’élargissement, c’est bien l’avenir du projet européen qui se joue.

Un autre jalon important est la boussole stratégique, adoptée par le Conseil européen le 25 mars 2022, quelques semaines seulement après le début de la guerre en Ukraine. Il s’agit du premier véritable « livre blanc » de la défense européenne. Ce document fixe une feuille de route jusqu’en 2030 : combler les lacunes capacitaires, augmenter les investissements de défense et doter l’Union d’une force de déploiement rapide. Il est régulièrement réévalué pour s’adapter à l’évolution du contexte international, et traduit la volonté de l’Europe de répondre par ses propres moyens à des menaces de plus en plus diverses, qu’elles soient militaires, spatiales ou numériques.

Cette ambition européenne ne remet pas en cause le rôle central de l’OTAN. Pour la France, l’Alliance atlantique reste le fondement de la défense collective. En témoigne son retour, en 2009, dans le commandement militaire intégré de l’OTAN, tout en conservant son statut particulier dans le domaine nucléaire. Les déclarations conjointes entre l’UE et l’OTAN, en 2016 puis en 2018, ont permis d’organiser une véritable complémentarité entre les deux organisations. L’OTAN continue d’assurer la défense collective et l’interopérabilité des forces alliées, tandis que les initiatives européennes viennent renforcer cet ensemble commun.

Concrètement, comment fonctionne la PSDC ? L’Union européenne ne possède pas d’armée propre. Elle s’appuie donc sur les capacités mises à disposition par les États membres, chaque mission étant décidée à l’unanimité par le Conseil. On distingue deux types d’actions : les missions civiles, tournées vers le conseil, la formation ou l’État de droit, et les opérations militaires, plus robustes, dédiées au maintien de la paix ou à la gestion de crise. Aujourd’hui, vingt-deux missions et opérations sont en cours à travers le monde. Elles sont coordonnées par le haut représentant de l’Union, le Service européen pour l’action extérieure, ainsi que par des structures spécialisées comme le Comité militaire de l’UE. Le financement suit la même logique double : les missions civiles sont payées sur le budget de l’Union, tandis que les opérations militaires reposent sur les contributions des États, via la Facilité européenne pour la paix, créée en mars 2021.

Le Fonds européen de défense complète ce dispositif sur le plan industriel. Lancé en avril 2021, il est doté de 8,8 milliards d’euros pour la période 2021-2027. Son objectif est de financer la recherche et le développement de programmes industriels transnationaux, à condition qu’au moins trois entreprises issues de trois pays européens différents s’associent au projet. L’enjeu est double : réduire la fragmentation des équipements militaires en Europe, où l’on recense 98 systèmes d’armement différents contre seulement 18 aux États-Unis, et renforcer l’autonomie stratégique du continent face aux restrictions américaines, notamment la réglementation ITAR. Le programme de travail 2026, adopté en décembre 2025, illustre cette dynamique : plus d’un milliard d’euros sont consacrés à 31 sujets allant de la cybersécurité à la lutte antidrones.

Enfin, deux défis dominent l’actualité récente de la défense européenne. Le premier est bien sûr la guerre en Ukraine. Dès le 27 février 2022, trois jours après le début de l’invasion russe, l’Union européenne a pour la première fois financé l’envoi d’armes létales à un pays tiers. Entre 2022 et 2024, l’aide militaire européenne à l’Ukraine a atteint 6,1 milliards d’euros. Elle s’accompagne d’une mission de formation, EUMAM Ukraine, qui a permis d’entraîner plus de 90 000 soldats ukrainiens depuis novembre 2022. Une « coalition des volontaires », lancée en février 2025 par Londres et Paris, réunit désormais 35 pays prêts à envisager un déploiement de troupes en cas de cessez-le-feu. Le second défi est la cybersécurité. Elle s’impose progressivement comme un front à part entière, aux côtés des menaces spatiales et hybrides, et figure désormais parmi les priorités affichées à la fois par la boussole stratégique et par le Fonds européen de défense.

Crédits photo : 

© Wikipedia Commons

© Luksz Kobus / Commission européenne

© OTAN

©touteleurope